Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Maltraitance Ordinaire en Maison de Retraite

par DIRPA 26 Octobre 2008, 09:42 MALTRAITANCE-PREVENTIONS


Maisons de retraite du scandale à l’espoir


Vous trouverez ci-après le résumé de deux récentes émissions de télévision qui ont eu lieu à deux semaines d'intervalle et qui couvrent le même thème.


Emission télévisée de FR 3

En dépit d’une programmation très tardive le soir cette émission de télévision a connu une forte audience supérieure à 18%. J’ai été surpris que le CODERPA ne réagisse pas plus à une maltraitance institutionnelle dont Madame Falentin nous avait parlé lors de la réunion consacrée à la maltraitance.

Si 70% des cas de maltraitance sont constatés à la maison, 30% le sont dans les MDR. Or on vient en MDR en fin de vie puisque la durée du séjour y est en moyenne de 18 mois. Les 30% de maltraitance s’appliquent à seulement 18,6% du nombre de personnes séjournant en établissement. Ainsi nous sommes placés dans un biais statistique qui démontre que les 70% de maltraitance à domicile doivent être redressés à la baisse et que les violences en institution doivent être revues en nette hausse.

-         les 30% émanent d’une population numériquement très faible,

-         les 30% ne concernent qu’une durée de séjour très courte en établissement.


Bizarrement personne n’a relevé cette anomalie qui fait reposer injustement la maltraitance sur les familles qui s’occupent le plus des personnes âgées en implication et en durée.


Enfin les tableaux statistiques donnés par Alma France montrent que les deux violences, au domicile et en institution ne sont pas du tout de la même nature. En institution la moitié des appels reçus par Alma émane des personnels des institutions et non des patients (peur de représailles). C’est dire que la violence constatée est véritablement un problème d’organisation et de répartition du travail. Il est aussi une condamnation d’une politique de moins disant social dès lors que les circonstances économiques conduisent à recruter des personnels sans grande motivation.

Je vous communique les éléments d’un débat dont le CODERPA 06 devrait s’honorer qu’il puisse exister. Les français ont majoritairement peur de leurs maisons de retraite. S’ils se maintiennent trop longtemps à leur domicile, c’est à cause de cette peur !

Certains se suicident pour ne pas connaître cette ultime déchéance très bien décrite dans le film par une scène atroce. Une femme âgée dévêtue publiquement et de force ! La puissance de ce document donnera des arguments à tous ceux qui n’acceptent pas l’indignité de se voir déposséder de la propriété de son corps. En conséquence une société incapable de bien traiter ses anciens devrait leur permettre au moins de se supprimer sans devoir aller finir à l’étranger.

Hervé Brèque a déclaré que son enquête d’une année a été plus difficile à réaliser que son enquête précédente sur les tortures dans l’ex-yougoslavie.

 
Guy Muller

 



Note de présentation de l’émission

Un documentaire diffusé ce soir, tard sur France 3 (23h10), ausculte un problème de santé publique : la maltraitance de nos anciens. Un sujet signé Hervé Brèque qui révèle comment les personnes les plus âgées de notre société sont parfois insultées, brimées, délaissées chez eux ou dans des institutions, et décortique les mécanismes qui permettent à ces situations de s’installer. Il a fallu plus d’un an d’enquête et de nombreux recours à la caméra cachée pour réussir à filmer la façon dont sont traités nos parents ou nos grands-parents.

En France, en 2008, trois millions de personnes sont âgées de plus de 80 ans. Constat alarmant : plus de 600 000 d’entre elles seraient victimes de traitements dégradants. Afin d’illustrer ce sujet encore tabou, le réalisateur Hervé Brèque a choisi de se pencher sur la maltraitance institutionnelle. Tourné en grande partie en caméra cachée, ce documentaire lève le voile sur des cas de violence déguisée. Car il ne s’agit pas seulement de coups portés. Dans une grande majorité de cas, cette triste réalité se caractérise par des négligences, actives ou passives…

Ce documentaire apporte également une touche d’espoir en établissant que la maltraitance n’est pas une fatalité. Des pionniers prouvent actuellement qu’on peut s’occuper dignement des personnes âgées, avec des méthodes simples, basées sur le respect, la tendresse et un personnel spécifiquement formé aux particularités du grand âge.

Certains faits méritent d’être connus. Il s’agit de montrer ce qui se passe quand les portes sont fermées, lorsque les familles, l’heure venue, quittent la maison de retraite, laissant derrière elles leur vieux parent.
Filmer cette réalité n’a pas été chose aisée. Il s’agit d’un milieu trés fermé qui ne s’ouvre pas volontiers aux équipes de télévision.

Grâce aux soignants, nous avons pu retrouver la piste de maisons de retraite où se déroulent des faits de maltraitance. Mais, en raison d’une situation souvent précaire, la plupart ont refusé de témoigner devant la caméra. Trouver des familles acceptant de parler s’est révélé tout aussi difficile : entre celles qui voulaient oublier et celles qui craignaient des représailles sur leur parent toujours en établissement, il y avait peu d’espace ! Sans compter la dernière arme utilisée par les institutions comme principal moyen de défense : la culpabilisation des familles qui, « si elles ne sont pas contentes, n’ont qu’à s’occuper elles-même de leurs vieux ». Résultat : les familles ont honte et se taisent. Or, s’occuper de personnes âgées, atteintes parfois de pathologies lourdes et difficiles comme la maladie d’Alzheimer, nécessite de réelles compétences professionnelles.

Des professionnels, aujourd’hui, on en manque. Dans toutes les maisons de retraite, il n’y a pas d’infirmières en nombre suffisant. En guise d’embauche, les établissements recrutent des personnels non qualifiés, qui, faute de diplôme ou en situation précaire, acceptent des salaires de misère. Or, le grand âge nécessite un savoir-faire particulier. Je pense que la maltraitance est très clairement un problème de formation plus que de moyens. On peut être parfaitement pris en charge dans un établissement à 50 € par jour et être maltraité dans un établissement qui facture le double !


Les infiltrés sur la 2 : une pénible immersion dans une maison de retraite

Après l’émission du 22 octobre sur la 3, les maisons de retraite reviennent une nouvelle fois sur le devant de la scène. Ce reportage offre une vision de cauchemar sur le sort des personnes âgées en institution. Ce qui ressort du film, c'est l'indignation. Indignation devant la façon dont les personnes âgées sont traitées (une femme laissée nue dans son fauteuil, un homme privé de douche durant dix-huit jours) ; indignation devant le manque d'hygiène, de compassion, de personnel compétent. Un résident s’étouffe au début d’un week-end, une infirmière est appelée d’urgence le lundi, une hospitalisation est décidée, malheureusement trop tard. L’agonie a duré 50 à 60 heures !!

La journaliste s'est fait passer pendant plusieurs semaines pour une aide-soignante en stage afin de pénétrer ou plutôt "s'infiltrer" dans une maison de retraite. A l'aide d'une micro-caméra cachée, elle a filmé à leur insu le personnel et les résidents de l'établissement.

Le documentaire montre des images de "maltraitance passive" comme l'appellent les producteurs de l'émission: des soignants qui brusquent les résidents et menacent de les attacher, des personnes âgées laissées nues dans leur chambre, d'autres qui n'ont pas reçu de soin depuis deux semaines, ou encore abandonnés devant la télévision.

Pour Hervé Chabalier, président de l'agence Capa, qui a produit le magazine, ce document, "est un choc, mais un choc salutaire". Il assure que l'équipe "n'est pas allée dans la pire des maisons de retraite, mais dans un établissement public classique". "Nous ne mettons pas en cause les employés mais le système", ajoute Hervé Chabalier.

Pour David Pujadas, présentateur de l'émission et animateur du débat qui suivra la diffusion du documentaire, il s'agit d'"une situation que tout le monde soupçonne". "Nous sommes un peu tous complices (...) et en plein désarroi par rapport à ce phénomène démographique du vieillissement de la population", estime-t-il. Laurent Richard, rédacteur en chef à Capa en charge de cette émission, s'explique: "Si nous étions allés dans cette maison de retraite avec une caméra classique, il y aurait eu une attachée de presse ou le directeur, et on n'aurait pas eu l'exacte réalité".



Un débat qui suscite un grand malaise

Après la projection du film un très intéressant débat a mis en évidence la situation critique des établissements. Valérie Létard le ministre en charge des personnes âgées indiquait sa volonté de porter plainte contre l’établissement dès la fin de l’émission. Immédiatement les autres protagonistes lui indiquaient que cette maison n’était pas la pire et que 70% des établissements se trouvaient dans le même cas !

Une belle unanimité se confirmait via le plateau du débat. Il regroupait le représentant des MDR, une aide soignante, un infirmier, des représentants des familles. Tous soulignent avec un bel ensemble l’existence d’une maltraitance institutionnelle. Tour à tour sont abordés : l’organisation du travail, le turn over des personnels, le nombre important de toilettes limitées à 15 minutes par résident, la rareté des douches, la perte de repères des résidents souvent inoccupés, le gavage lors des repas. L’ensemble de ces faits réunissant résidents et personnels dans une véritable impasse psychologique où tout le système s’avère malade. Nous observons avec consternation au fil du débat l’immense gâchis humain découlant d’un travail à la chaîne complètement déshumanisé. Et pourtant le montant moyen mensuel de pension est de 1700 euros par mois !

Pendant le débat Valérie Létard peine. Elle explique qu’en dépit de sa venue récente elle a engagé des réformes. Elle cite la création du numéro d’appel national sur la maltraitance et les modalités de traitement de ces appels. Elle cite le nombre de contrôles effectués : 1000 avec 100 fermetures (chiffre contesté). Un reportage montre un enquêteur de la DDASS effectuant un contrôle dans un établissement prévenu au préalable de l’inspection. Tout va bien, jusqu’au moment où un membre du personnel est interrogé. Il affirme la venue d’extras pour renforcer l’effectif ce jour là. Les participants confirment l’inanité de contrôles conduisant à une amélioration cosmétique des conditions de vie. Après chaque avis de venue d’un enquêteur les locaux sont embellis, les repos du personnel supprimés ou des aides provisoires sont mobilisées. Ils condamnent unanimement cette pratique. La ministre précise que la moitié des contrôles sont inopinés lorsqu’il y a eu une plainte pour maltraitance. Mais comme la moitié des autres visites sont des visites de courtoisie elle donnera des instructions pour les revitaliser.

Des points positifs sont avancés

Comme l’ensemble des MDR ne peut être considéré négativement nous enregistrons les avis de personnes qui oeuvrent dans le bon sens. Les établissements « bons élèves » représentent une proportion de 30%. C’est dire tout l’intérêt pour le public de savoir séparer le bon grain de l’ivraie. Une directrice explique ses pratiques d’humanitude. C’est un code de comportement très employé au Canada. Il exige toutefois un peu plus de temps consacré à la personne âgée (cf. ma note suite à l’émission de FR3 sur le même thème).

Un gériatre déplore le manque de gériatres. En effet les jeunes médecins trouvent la gériatrie peu valorisante. Or c’est une filière à revaloriser d’urgence.

La ministre encourage les bonnes volontés et promet des formations. Sur la question des effectifs il y a d‘énormes disparités entre établissements, la région parisienne est pour sa part favorisée pour des raisons historiques. En conséquence il faudra trouver de nouveaux moyens dont les conventions tripartites sont un exemple.

Vers la fin de la politique de l’autruche ?

 Les français sont majoritairement fâchés avec les MDR. Une démarche vers la qualité globale du type de celle connue hier par les Télécommunications ne peut attendre. A l'évidence il n'y a pas beaucoup de clients dans les MDR, mais des patients, manquant de considération.

 L'enquête annuelle d’Alma France et Almazur parle de maltraitance "institutionnelle" dénoncée majoritairement par les personnels.

En institution les négligences atteignent un taux de 28%, les violences physiques 15%, les violences psychologiques sont à 21%, la privation des droits civiques atteint les 7%.

Les personnes âgées en institution se plaignent peu : 15% seulement. Dans l’impossibilité où je suis de publier le document de 50 pages d’Alma France, j’ai cherché au-delà des types de maltraitance quels sont ceux qui maltraitent.

-     44% sont des professionnels,

-     22% sont dits autres personnels.

Ce chiffre par son cumul (66%) nous interpelle de par sa fiabilité. La plainte émane en effet de tiers et non directement des personnes maltraitées. Le retrait des personnes âgées s’explique par des risques de rétorsion. Une implication croissante des professionnels et autres personnes pour 66% montre clairement l’existence d’une maltraitance organisationnelle subie, constatée et bien connue. Avec un taux de personnel de 4,5 pour 10 résidents, contre 8 à 10 dans le reste de l’Europe, la France se situe au bas du classement. Mais une omerta couvre cette réalité. Souhaitons que les derniers reportages aient pour conséquence de réveiller la conscience de l’opinion publique face à ce problème.

 

Guy Muller

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires
E


Quelle limite à la notion de maltraitance ?


Médecin coordonnateur d'une maison de retraite j'ai été confronté au cas d'une personne dite démente de 80 ans qui présentait un amaigrissement de 13 kg en plus de 6 mois pour un poids actuel de
33 kg ! Est-ce de la maltraitance - négligence ? Personnellement je le crois ! Et pourtant cette résidente était vue régulièrement par l'équipe soignante et par son médecin traitant. Il y a comme
une banalisation institutionnelle de l'insoutenable ! Ayant décidé de faire hospitaliser cette personne âgée dans un service de nutrition, je me suis heurtée à un "front du refus" : directeur,
cadre de santé, médecin de traitant m'ont accusé de dramatiser et au total j'ai été licencié pour incapacité "d'entente avec l'équipe soignante" ! Pas belle la vie ?



Répondre
F


Vous pensez que la maltraitance n existe plus...Beaucoup )plus insidieuse :matraitrance passive par manque de personnel mlagré lesdérives tarifaires des EHPAD


A terme deplus en plus de familles seront confrontés a reprendre leur parent avec des pathologies  importantes  pour cause de ne plus pouvoir financierement  assumer les factures
....



Répondre
F



Répondre

Haut de page